Insi(de)ghts

Je m’appelle Emilie, je suis la fille de Pan et la sœur de Jason. J’écris depuis que j’ai appris à le faire, afin de surmonter les difficultés, les injustices et les souffrances.
Ce sont des mots que j’écris dans la douleur, dans le manque et dans la culpabilité profonde.
La douleur de la mort de mon Frère unique et de mon Père hors du commun. Le manque de leur présence. La culpabilité d’être encore vivante et de n’avoir aucune certitude que celle d’écrire, à l’heure où l’intelligence artificielle fait des phrases à notre place, nous les humains.
Pourtant quand je demande à ChatGPT qui est Pan, qui est Jason ? il ne se souvient de rien car il n’a rien vécu, rien ressenti et ne peut donc être intelligent car l’intelligence demande du vécu, de l’expérience humaine, des erreurs, des douleurs, des joies et de la réflexion. C’est preuve que notre mémoire est essentielle, surtout dans le monde dans lequel on vit.
Moi, qui a vu venir et qui n'est rien devenue, j’écris donc pour une mémoire collective au-delà des frontières physiques, pour qu’on se souvienne qu’un homme, qui ne s’est jamais senti supérieur à autrui, qui était contre la violence, et qui n’a eu de cesse de lutter contre les préjugés, les cerveaux étroits et le carcan corporatif, a réellement existé.
Un homme qui jusqu’à son dernier souffle a répondu à chaque message, chaque email, chaque appel téléphonique avec humilité et gentillesse, cherchant toujours l'harmonie et la coopération, mais ne supportant pas la fainéantise, la complainte et la bêtise.
Un homme qui face au fanatisme religieux a rétorqué : « la religion a été créée par l’homme ; certains pour de bonnes raisons, et d’autres pour le pouvoir et le contrôle. »
Un homme qui avant de mourir a écrit qu’il préfèrerait être dominé par les Etats-Unis que par la Chine, si un choix devait se faire, alors qu’il a mis sa santé en danger à plusieurs reprises, en gravitant l’échelle corporative de sociétés américaines.
Enfin, un homme qui n’a jamais voté car la politique est une lutte de pouvoir, disait-il, et que le peuple est celui qui en paye toujours les conséquences les plus graves dans la souffrance, l’injustice et la mort.
Il avait l’habitude de toujours dire : να έχουμε υγεία[1]. Et je vous écris aujourd’hui pour que vous n’oubliez jamais ce qu’il a tenté de transmettre tout au long de sa vie.
La vérité, rien que la vérité et je ne jure pas, car ce n’est pas poli.
[1] En grec moderne να έχουμε υγεία signifie tant qu’on a la santé.
